
Value Investing vs Growth Investing : Comprendre les Deux Approches
Value investing vs growth investing : définition, performances historiques, facteurs de rotation, approches ETF et stock picking, et quel broker choisir selon votre style.
Lexa
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Deux philosophies, un même objectif
Le débat entre investissement value et investissement growth est l'un des plus anciens de la finance. Les deux approches visent le même objectif — faire croître un capital sur le long terme — mais empruntent des chemins radicalement différents pour y parvenir.
L'investisseur value cherche des entreprises dont le prix en bourse est inférieur à leur valeur réelle. Il achète des « bonnes affaires » et attend que le marché corrige cette sous-évaluation. C'est l'approche popularisée par Benjamin Graham (auteur de The Intelligent Investor) et perfectionnée par Warren Buffett.
L'investisseur growth achète des entreprises en forte croissance, même si leur prix semble élevé par rapport aux bénéfices actuels. Il parie sur le fait que la croissance future justifiera — et dépassera — le prix payé aujourd'hui. C'est l'approche qui a propulsé des investisseurs comme Peter Lynch ou Philip Fisher.
Ni l'une ni l'autre n'est « meilleure » dans l'absolu. Leur performance relative dépend du cycle économique, des taux d'intérêt et de l'environnement de marché. Cet article décortique les deux approches pour vous aider à comprendre laquelle — ou quelle combinaison — convient à votre profil.
Si les fondamentaux du courtage en ligne ne sont pas encore familiers, notre guide qu'est-ce qu'un broker pose les bases nécessaires.
Qu'est-ce que l'investissement value ?
Le principe
L'investissement value repose sur une idée simple : le marché ne fixe pas toujours le « bon » prix. Certaines entreprises sont temporairement sous-évaluées — à cause d'une mauvaise nouvelle ponctuelle, d'un secteur en disgrâce, ou simplement parce que les investisseurs regardent ailleurs. L'investisseur value identifie ces décalages entre prix de marché et valeur intrinsèque, et achète quand la marge de sécurité est suffisante.
Les critères typiques d'une action value
Les actions value se reconnaissent à plusieurs caractéristiques financières récurrentes. Elles affichent un ratio cours/bénéfices (PER) bas — typiquement inférieur à 15 ou à la moyenne de leur secteur. Le ratio prix/valeur comptable (P/B) est faible, souvent en dessous de 1,5. Le rendement du dividende est élevé, car ces entreprises matures redistribuent une part importante de leurs bénéfices. La croissance des revenus est modérée mais stable. Et l'entreprise opère souvent dans un secteur considéré comme « ennuyeux » : banques, énergie, industrie, utilities.
Exemples de secteurs et profils value
En France, les secteurs bancaire (BNP Paribas, Société Générale), énergétique (TotalEnergies) et industriel (Saint-Gobain, Bouygues) abritent traditionnellement des profils value. Aux États-Unis, les noms classiques incluent Berkshire Hathaway, JPMorgan, Johnson & Johnson ou ExxonMobil. Ces entreprises ne font pas rêver les couvertures de magazine, mais elles génèrent des flux de trésorerie solides et versent des dividendes réguliers.
Les risques du value investing
Le principal risque est le « piège à valeur » (value trap) : une action semble bon marché, mais elle l'est pour une bonne raison — l'entreprise est en déclin structurel et ne se redressera jamais. Kodak en est l'exemple historique. Un PER bas n'est pas toujours synonyme de bonne affaire. Il faut analyser les raisons de la décote pour distinguer une sous-évaluation temporaire d'un déclin fondamental.
L'autre risque est la patience requise. Le marché peut rester « irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable », selon la formule attribuée à Keynes. Une action value peut stagner pendant des années avant que le marché reconnaisse sa valeur. C'est psychologiquement difficile, surtout quand les actions growth affichent des performances spectaculaires au même moment.
Qu'est-ce que l'investissement growth ?
Le principe
L'investissement growth consiste à acheter des entreprises dont les revenus et les bénéfices croissent plus vite que la moyenne du marché. L'investisseur growth accepte de payer un prix élevé aujourd'hui en anticipant que la croissance future justifiera cette prime. L'idée est que la trajectoire de croissance compensera — largement — le prix d'entrée élevé.
Les critères typiques d'une action growth
Les actions growth présentent des caractéristiques inverses aux actions value. Le PER est élevé — souvent supérieur à 25 ou 30, parfois bien au-delà. Le ratio P/B est élevé. Le rendement du dividende est faible ou nul, car l'entreprise réinvestit ses bénéfices dans la croissance. La croissance du chiffre d'affaires est forte, souvent à deux chiffres sur plusieurs années. Et l'entreprise opère dans des secteurs à forte expansion : technologie, cloud computing, intelligence artificielle, biotechnologie, e-commerce.
Exemples de profils growth
Les « Magnificent Seven » (Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta, Tesla) incarnent le growth investing à son paroxysme. En Europe, des entreprises comme ASML (semi-conducteurs), SAP (logiciels d'entreprise) ou Hermès (luxe à forte croissance) présentent des profils growth. En France, Dassault Systèmes ou Teleperformance ont longtemps été considérés comme des valeurs de croissance.
Les risques du growth investing
Le risque principal est la correction de valorisation. Quand les attentes de croissance sont déjà intégrées dans le prix, le moindre ralentissement peut provoquer une chute brutale. Meta (Facebook) a perdu plus d'un quart de sa valeur en une seule séance après un avertissement sur ses résultats en 2022. Amazon et Microsoft, achetés au sommet de la bulle internet en 1999, ont mis respectivement 10 et 15 ans à revenir à leur prix d'achat initial — même si les deux sont devenues des entreprises exceptionnelles.
L'autre risque est la dépendance aux taux d'intérêt. Les actions growth sont particulièrement sensibles aux variations de taux, car leur valeur repose sur des bénéfices futurs lointains. Quand les taux montent, la valeur actualisée de ces bénéfices futurs diminue mécaniquement, ce qui pèse sur le cours. C'est ce qui s'est passé en 2022 quand les banques centrales ont relevé leurs taux de manière agressive.
Value vs Growth : les performances historiques
Le grand cycle
Sur de très longues périodes (depuis les années 1920), les actions value ont surperformé les actions growth. C'est le « facteur value » documenté par les professeurs Eugene Fama et Kenneth French dans leurs travaux fondateurs sur les facteurs de rendement. Cette surperformance historique du value est l'un des résultats les plus robustes de la recherche en finance.
Cependant, cette surperformance n'est pas linéaire. Les styles value et growth alternent des cycles de domination qui peuvent durer une décennie ou plus.
Les grandes phases récentes
De 2000 à 2007, le value a nettement surperformé, porté par l'éclatement de la bulle internet qui a détruit les valorisations excessives des entreprises technologiques. Les investisseurs se sont réfugiés dans les entreprises « réelles » à dividendes.
De 2008 à 2020, le growth a pris sa revanche de manière spectaculaire. La politique de taux zéro des banques centrales, la rareté de la croissance économique et l'émergence des géants technologiques (GAFAM) ont créé un environnement idéal pour les actions growth. L'écart de performance entre les indices Russell 1000 Growth et Russell 1000 Value s'est creusé à des niveaux supérieurs à ceux de la bulle internet.
De 2021 à 2022, le value a connu un rebond significatif, alimenté par la remontée de l'inflation et des taux d'intérêt. Les secteurs cycliques (énergie, finance, matières premières) ont surperformé massivement. L'indice MSCI World Value a battu le MSCI World Growth de plus de 20 points sur cette période.
Depuis 2023, le growth a repris la main, porté par l'engouement pour l'intelligence artificielle (Nvidia, Microsoft, Alphabet). Les « Magnificent Seven » ont concentré l'essentiel de la performance du S&P 500.
Ce que cela signifie pour l'investisseur
La leçon clé : aucune des deux approches ne domine en permanence. Un investisseur qui aurait chargé exclusivement en value dans les années 2010 aurait sous-performé pendant une décennie frustrante. Un investisseur 100 % growth qui aurait investi au sommet de la bulle internet en 2000 aurait attendu des années avant de retrouver son capital. La diversification entre les deux styles — ou un investissement dans un indice large qui mélange naturellement value et growth — est la stratégie la plus robuste pour la plupart des investisseurs.
Les facteurs qui favorisent chaque style
Quand le value surperforme
L'investissement value tend à mieux performer dans trois environnements. Le premier est la hausse des taux d'intérêt et de l'inflation, car les entreprises value (énergie, finance, industrie) bénéficient de la reprise économique et leurs valorisations sont moins sensibles au taux d'actualisation. Le deuxième est la reprise économique après une récession, quand les secteurs cycliques rebondissent fortement. Le troisième est un environnement où les écarts de valorisation entre value et growth sont extrêmes — le retour à la moyenne finit par opérer.
Quand le growth surperforme
Le growth domine quand les taux d'intérêt sont bas, car les bénéfices futurs sont peu décotés dans les modèles de valorisation. Il surperforme aussi quand la croissance économique est faible et que seules quelques entreprises affichent une croissance forte — les investisseurs sont prêts à payer une prime pour cette rareté. Enfin, les périodes d'innovation technologique majeure (internet dans les années 1990, mobile dans les années 2010, IA dans les années 2020) créent des vagues de surperformance growth.
Comment investir : value, growth, ou les deux ?
L'approche ETF
Pour la plupart des investisseurs particuliers, la manière la plus simple d'avoir une exposition value ou growth est via des ETF thématiques. Notre guide sur comment construire un portefeuille ETF diversifié détaille les modèles d'allocation concrets.
Côté value, des ETF comme l'iShares MSCI World Value Factor (IWVL) ou l'iShares Edge MSCI Europe Value Factor offrent une exposition diversifiée aux actions value mondiales ou européennes. Côté growth, l'iShares S&P 500 Growth ou des ETF sectoriels technologie jouent ce rôle.
Mais la solution la plus pragmatique pour la majorité des investisseurs reste un ETF indiciel large — MSCI World, S&P 500 ou Euro Stoxx 600 — qui contient naturellement un mélange de value et de growth. Cette approche évite le risque de mal timer la rotation entre les deux styles.
L'approche stock picking
Pour les investisseurs qui souhaitent sélectionner des actions individuelles, les deux styles demandent des compétences différentes. L'analyse value requiert une compréhension approfondie des bilans financiers, des ratios de valorisation et de la notion de marge de sécurité. L'analyse growth demande une capacité à évaluer la taille du marché adressable, la pérennité de l'avantage concurrentiel et le potentiel de croissance future.
Dans les deux cas, un broker offrant des outils d'analyse fondamentale est essentiel. Interactive Brokers propose des screeners de valorisation et des données financières détaillées. IG Markets offre l'IG Academy et un accès à ProRealTime pour l'analyse technique complémentaire. XTB intègre des outils d'analyse directement dans xStation 5.
Le blend : la troisième voie
De nombreux investisseurs expérimentés ne se définissent ni comme pure value ni comme pure growth. Ils adoptent une approche « GARP » (Growth At a Reasonable Price) — croissance à un prix raisonnable. L'idée est de trouver des entreprises en forte croissance mais dont la valorisation reste contenue par rapport à leur taux de croissance. Le ratio PEG (PER divisé par le taux de croissance des bénéfices) est l'outil de référence du GARP : un PEG inférieur à 1 suggère que la croissance n'est pas encore totalement reflétée dans le prix.
Quel broker pour quelle approche ?
Le choix du broker dépend en partie de votre style d'investissement.
Pour l'investissement value long terme, un broker avec accès aux marchés mondiaux et des frais bas sur les ordres est essentiel. Interactive Brokers est le choix naturel : accès à 160+ marchés, screeners de valorisation intégrés, données financières complètes (bilans, comptes de résultat, ratios). Son PEA est disponible pour les résidents français.
Pour l'investissement growth, un broker avec une bonne couverture des marchés américains (où se trouvent la plupart des valeurs growth) et des outils graphiques est important. XTB (0 % commission, accès NYSE/NASDAQ) et eToro (CopyTrader pour suivre des investisseurs growth) sont bien positionnés.
Pour un DCA régulier sur des ETF value ou growth, Trade Republic (plans programmés gratuits) est le plus économique. Pour comprendre la stratégie DCA et comment l'appliquer, notre guide dédié couvre le sujet en profondeur.
Pour le stock picking actif combinant analyse fondamentale et technique, IG Markets (ProRealTime, 17 000+ instruments) et Interactive Brokers (TWS, 160+ marchés) offrent les outils les plus complets. Pour les investisseurs qui souhaitent utiliser des CFD pour shorter des actions surévaluées (stratégie value inversée), des brokers comme Pepperstone offrent des spreads compétitifs sur les CFD actions.
FAQ
Quel est le meilleur style pour un débutant ?
Pour un débutant, la question ne devrait pas se poser en termes de value vs growth. Commencez par un ETF indiciel large (MSCI World ou S&P 500) qui contient naturellement les deux styles. Vous bénéficierez de la diversification et n'aurez pas besoin de « choisir un camp ». Quand vous aurez acquis une compréhension de l'analyse fondamentale, vous pourrez progressivement orienter votre portefeuille vers le style qui vous convient. Pour débuter, consultez notre guide du meilleur broker débutant.
Warren Buffett est-il un investisseur value ou growth ?
Buffett a commencé comme un pur disciple de Benjamin Graham (value classique — acheter à bas prix, revendre quand le marché corrige). Sous l'influence de Charlie Munger, il a évolué vers une approche hybride : acheter des entreprises de qualité exceptionnelle à un prix raisonnable et les conserver indéfiniment. Ses positions en Apple et Coca-Cola illustrent cette synthèse — des entreprises à forte croissance et à fort avantage concurrentiel, achetées à des valorisations défendables.
Les ETF value battent-ils les ETF growth sur le long terme ?
Sur de très longues périodes (50 ans+), les données académiques montrent une surperformance du facteur value. Mais sur les 15 dernières années, les ETF growth ont nettement surperformé, portés par les géants technologiques et les taux bas. La réponse honnête : personne ne sait avec certitude quel style dominera la prochaine décennie. La diversification entre les deux reste l'approche la plus prudente.
Quels ratios utiliser pour identifier une action value ?
Les ratios les plus utilisés sont le PER (cours/bénéfices), le P/B (prix/valeur comptable), le rendement du dividende et l'EV/EBITDA (valeur d'entreprise rapportée au résultat opérationnel). Un PER inférieur à 15, un P/B inférieur à 1,5 et un rendement de dividende supérieur à 3 % sont des seuils couramment cités, mais ils varient selon les secteurs. Une action bancaire à PER 8 peut être chère si les bénéfices sont cycliquement élevés, tandis qu'une action technologique à PER 18 peut être bon marché si la croissance est solide.
Comment savoir quand le marché va pivoter de growth vers value ?
Vous ne le savez pas. Personne ne le sait avec précision. Les indicateurs les plus surveillés sont les taux d'intérêt (hausse = favorable au value), l'écart de valorisation entre les indices value et growth (plus l'écart est extrême, plus un retour à la moyenne est probable), et le CAPE ratio de Shiller (niveau élevé = environnement potentiellement favorable au DCA et au value). Mais le timing précis de ces rotations est impossible à prédire de manière fiable. C'est pourquoi la diversification reste la stratégie dominante.
Peut-on combiner value et growth dans un même portefeuille ?
C'est même recommandé. Les deux styles ne performent pas de manière corrélée — quand l'un souffre, l'autre tend à compenser. Un portefeuille diversifié peut par exemple contenir un ETF MSCI World (blend), complété par un ETF value factor et une sélection d'actions growth individuelles. L'approche GARP (Growth At a Reasonable Price) offre aussi un compromis naturel entre les deux philosophies.
Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et éducatif. Il ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les exemples d'entreprises cités le sont à titre illustratif uniquement et ne constituent en aucun cas des recommandations d'achat ou de vente.